Le pixel art est une vision toute simplifiée du monde. Ce qui, paradoxalement, n’empêche pas les images de dégager des émotions et des vibrations. Le pixel-artiste Aleha_84, habitant vers Moscou, met en ligne des scènes réalistes du quotidien chargées de l'âme russe qui tranchent dans la vaste galaxie de l’art des petits carrés. 

La définition du pixel art par Alexeï aka Aleha_84 est limpide : "Le maximum dans le minimum. Faites travailler votre imagination". Chez Alexeï, la simplification des images en concentre la lecture et l’effet, et n’en altère aucunement la quiétude, la tristesse, l’atmosphère, le souffle, en résumé l’âme. Il travaille à base de photos dont il contacte les créateurs et cite toujours dans ses posts. Il choisit des scènes simples qui lui sont proches, qui le touchent, et il leur applique sa propre vision, avec pour résultat ces scènes urbaines figées, mais vivantes par des animations basiques de pluie, vent, lumière. Il transcrit le monde depuis son coin de Russie, avec son propre filtre mental, et le donne à voir à ceux que cela peut toucher. Ses sujets d’inspiration issus d’un réel sombre et au traitement minimal tranchent avec la fiction, voire science-fiction, mondes imaginaires et autres heroic fantasy largement majoritaire dans cet art de niche. Peut-être est-ce un sentiment de l’ère inquiétante dans laquelle la Russie est entrée.

Et par la porte qu’Alexeï nous a entrebâillée, on a pu mettre un (petit) pied dans une vaste galaxie dont on était loin d’imaginer la taille, tant le nombre d’artistes du pixel est juste stupéfiant. Il nous a raconté comment il s’est mis à voir le monde en petits carrés, et a rejoint ainsi cette confrérie bien particulière.

Alexeï : "J'ai toujours rêvé de créer des jeux. Mais à chaque fois, j'ai rencontré des obstacles. Au début, je ne comprenais pas comment faire, puis je ne savais pas comment écrire du code. Lorsque j'ai appris tout cela, j'ai voulu créer des jeux en 3D, mais après plusieurs tentatives, je me suis rendu compte que je ne comprenais rien aux mathématiques. Même à cette époque, je ne voulais pas utiliser de moteurs de jeu tout faits".

Alexeï : "J’ai fait une autre tentative d'entrer dans le domaine du développement il y a 5 ans. J’ai plongé dans le développement web et découvert le html5 (html5 et css3 sont les deux langages de programmation à la base de tous les sites web). C'était un miracle que ce soit si facile, accessible et que l'on puisse dessiner dans une fenêtre de navigateur, c'est-à-dire obtenir le résultat immédiatement sans installer aucun programme. Puis j'ai commencé à développer lentement mon moteur de jeu. Juste pour moi".

Alexeï : "Il y a environ deux ans, j'ai décidé de commencer à faire des sortes de jeux primitifs afin d'acquérir de l'expérience en la matière. Mais j'ai rencontré un autre problème, le jeu doit être attrayant, il doit avoir de bons et beaux graphiques et personne ne se soucie du type de code de programme qui fonctionne à l'intérieur. Au début, j'ai pensé que je pouvais simplement télécharger des ressources gratuites sur internet et les utiliser, mais ce n'est pas suffisant. J'ai donc décidé de commencer à dessiner par moi-même. Mais je ne suis pas un artiste. Et je ne sais pas comment utiliser Photoshop de manière professionnelle, et je n’avais pas envie de l'apprendre honnêtement.
Ci-dessous un post Instagram ou vous pourrez voir les étapes de son travail sur une image :

Alexeï : "J'ai donc commencé à maîtriser le dessin en utilisant le code du programme. Pas parce que c'était bien, mais parce que c'était plus intéressant. J'ai modifié mon moteur de jeu pour que ce soit facile à faire. Puis j'ai découvert Reddit, le subreddit r/pixelart. Là, j'ai pu voir comment dessiner correctement, quelles règles il fallait suivre. J'ai même créé mon propre éditeur de pixelart dans lequel je dessine les images fixes utilisées dans mes scènes. C'est comme un Photoshop ultra simple et un moteur de rendu. Mais je peux contrôler chaque pixel avec du code. Créer des algorithmes intéressants pour faire différentes animations et effets".

Alexeï : "Quand ça a commencé à marcher, je me suis inscrit sur Instagram et Twitter et maintenant je publie mon travail partout. En créant chaque scène, j'apprends quelque chose de nouveau. Par exemple, j'ai vraiment aimé créer des effets de particules, c'est inspirant".

Alexeï : J'aimerais penser qu'il n'y a plus de barrières pour commencer à développer des jeux à part entière, mais ... cela prend du temps et j'ai besoin d'un nouvel ordinateur portable (sur mon ordinateur actuel, on peut déjà faire frire les aliments, tellement il chauffe …) Mais l'essentiel est de faire le premier pas.

Alexeï : "Mes inspirations viennent de façon aléatoire. Parfois, je peux chercher une bonne image de référence pendant plusieurs jours, mais parfois, j'ouvre simplement mon navigateur et je la vois déjà sur un site Web quelconque. Souvent, je cherche quelque chose en rapport avec mon humeur du moment. Et parfois je pense que je suis déprimé, parce que j'ai fait beaucoup d'art sombre et triste, mais ce n'est pas vrai. Les nuits pluvieuses et enneigées m'attirent. Et il y a aussi quelque chose de magique dans les trains".

Pour ceux qui voudraient parcourir la vaste communauté des pixelistes à travers le monde, Alexeï a mis en ligne un répertoire à votre disposition ici
Alexeï : "Je ne suis pas sûr de bien connaître la communauté des pixelistes. L'idée de ce répertoire était simple, je voulais juste créer une liste de pixel artistes parlant russe. Quand je l'ai fait, d'autres personnes ont commencé à m'envoyer des messages et à demander de créer une liste dans d'autres langues aussi. Je veux aider les gens à obtenir plus de visibilité et peut-être des commandes, du travail avec cette liste, parce que c'est un bon endroit pour trouver des artistes pour votre projet". 

Alexeï : "Je ne vis pas du pixel art, c'est juste un hobby. Je veux apporter des sensations agréables aux personnes qui regardent mes œuvres d'art. Sans arrière pensée".

Pour prolonger quelque peu cette expérience visuelle en petits carrés, Alexeï vous recommande trois pixel-confrères dont il aime particulièrement le travail.
Kirokaze de Lima, Pérou :

 

Kryssalian de Paris, France :

Khaled de Riad, Maroc :